Pauline Ferrand-Prévot a vécu un rêve partagé avec le public en remportant le Tour de France Femmes avec Zwift 2025. Également championne du monde et olympique, la star multidisciplinaire veut désormais renouveler l’exploit.
Propos recueillis par Benoît Vittek
Pauline Ferrand-Prévot, dans quelle mesure tout s’est-il aligné pour vous permettre de remporter le Tour de France Femmes avec Zwift dès votre première participation ?
Ça a été une saison clairement inespérée. Il y avait un point d’interrogation, parce que je faisais mon retour sur la route, une discipline que j’avais quittée depuis plusieurs années et qui a beaucoup évolué. Le contexte était différent pour moi, j’avais l’habitude d’être seule pendant mes années en VTT et là j’étais entourée de l’équipe Visma - Lease a Bike. Il a fallu s’adapter mais ça s’est fait assez vite. Ça s’est bien passé dès le début de la saison, avec la troisième place aux Strade Bianche, la victoire à Paris-Roubaix et toute cette préparation qui s’est vraiment super bien déroulée jusqu’au Tour de France. C’était une saison de rêve et j’ai envie de dire qu’il sera difficile de faire mieux... Mais ça va déjà être dur de faire aussi bien ! Je n’ai donc pas envie de me mettre cette pression. Je veux prendre une page blanche et écrire un nouveau chapitre de ma carrière.
Avec le recul, quel est le plus grand moment de ce Tour 2025 ?
Remporter les deux dernières étapes, et surtout la dernière, avec le Maillot Jaune… J’ai attaqué à cinq kilomètres de l’arrivée, en n’ayant plus rien à perdre, mais aussi en n’ayant plus rien dans les jambes. En fait, je cherchais juste à m’amuser, courir à l’instinct, sans trop me poser de questions. On s’était dit que ce serait beau de gagner en jaune. Et puis, alors qu’on touchait au but, j’ai dit dans l’oreillette : “Peut-être qu’il faut juste savourer ces dix derniers kilomètres, peut-être que je ne serai plus jamais en position de remporter le Tour de France.” Mais après, j’ai eu l’opportunité de contrer Demi Vollering et ça restera un souvenir inoubliable. Après ma victoire aux Jeux Olympiques de Paris 2024, je ne pensais jamais retrouver les mêmes sensations en franchissant la ligne. Et en fait, durant cette dernière étape, c’était presque pareil.
Qu’est-ce que cela représente d’être une vainqueure du Tour de France Femmes avec Zwift ?
C’est vrai que ça fait bien sur le palmarès. J’ai également vécu un grand moment avec le public et c’est aussi ça qui m’a vraiment marquée. C’était encore plus fort qu’aux Jeux, c’était incroyable. Les gens sur le bord de la route qui venaient, qui m’encourageaient, qui brandissaient des pancartes… J’ai été encouragée tout le Tour et quand j’ai pris le Maillot Jaune, j’ai senti un engouement qui m’a dépassée. Je ne m’y attendais pas. Et c’était vraiment incroyable de le vivre en France, avec le public. Au-delà de la victoire, c’est quelque chose qui me marquera aussi à vie.
« C’est vrai que j’ai gagné tout ce que je voulais gagner. Mais ce que j’aime le plus, c’est cette quête pour arriver à la victoire »
On vous connaît comme une coureuse de défis. Quelle est l’ambition désormais ?
Après ma victoire sur le Tour, c’est vraiment ce que je me suis demandé pendant deux jours. Je me disais : “Tu t’étais donné trois ans pour réussir et maintenant tu l’as fait, donc qu’est-ce que tu vas faire ?” J’ai eu le sentiment d’être un peu perdue. Pourquoi je continue à faire du vélo ? C’est vrai que j’ai gagné tout ce que je voulais gagner. Mais ce que j’aime le plus, c’est cette quête pour arriver à la victoire. Toute cette préparation, tous ces moments où on se sent seule, où c’est dur, physiquement, mentalement… Et en fait, à chaque fois, après chaque succès, j’arrive à me remémorer le chemin parcouru pour y arriver. Je m’étais donc fixé des défis, mais maintenant, le défi c’est simplement d’essayer de remporter à nouveau le Tour de France.
Il va falloir adapter la recette ?
Je pense que la préparation est similaire. On a un chrono cette année sur le Tour de France, c’est donc un exercice qu’on a déjà commencé à travailler, depuis novembre. J’ai un pied-à-terre près de Nice et je connais assez bien la dernière étape. Le Mont Ventoux, c’est une étape que je vais aller reconnaître plusieurs fois. Je connais cette montée, mais ce sera bien de la revoir. Et être prête pour le jour J, c’est un défi qui me plaît, que j’aime relever.
Sur le contre-la-montre, il s’agira de gagner du temps ou de limiter la casse ?
C’est un chrono qui est en montée, donc je pense que c’est bien pour moi. J’ai aussi été championne de France il y a quelques années. C’est un vélo sur lequel j’avais l’habitude de rouler. Après, quand j’ai eu mes problèmes au niveau de l’artère iliaque, j’avais dû arrêter parce que la position allongée me faisait trop souffrir. Là, le défi a été de me repositionner sur le vélo en sachant que cette artère restera toujours quelque chose d’un peu fragile, même si j’ai été opérée deux fois. Il a fallu prendre ça en considération dans nos tests de position, d’aérodynamisme. Maintenant, c’est comme tout, il faut s’entraîner sur le vélo de chrono et faire des efforts. L’objectif ne sera pas de gagner le chrono, mais de ne pas perdre de temps sur les favorites.
« Ça me tient à cœur de bien figurer là-haut (au Mont Ventoux). Et puis, c’est clairement mythique »
Et quel est votre rapport au Mont Ventoux ?
C’est une montée que j’ai déjà faite, je n’habite pas très loin, il m’est assez facile d’y retourner pour des reconnaissances. En plus, il y a un hôtel que j’adore, à environ une heure. Nous allons nous marier là-bas avec mon compagnon Dylan van Baarle. Donc ça me tient à cœur de bien figurer là-haut. Et puis, c’est clairement mythique. Ça va être une longue montée, d’environ une heure et dix minutes. C’est dur. Et le final est dégagé, sans arbre. On sait que c’est une région assez venteuse donc il y aura des dégâts. Ça va être intéressant !

