Au Ventoux, la collection continue

Le Tour de France Femmes avec Zwift poursuit en 2026 la visite des lieux de légende de la Grande Boucle. Son étape reine se jouera sur les flancs du Mont Ventoux, pour une ascension à nulle autre pareille.

Par Eddy Pizzardini

Ou comment écrire sa légende à vitesse accélérée. En l’espace de trois années seulement, le Tour de France féminin aura revisité l’histoire en allant percher ses arrivées d’étapes sur des cimes propices au vertige et à l’épopée. Tourmalet en 2023, Alpe d’Huez en 2024, Madeleine en 2025, il ne restait que le Ventoux pour parfaire ce tableau. La projection du « Géant de Provence » sur les écrans de la présentation du parcours l’automne dernier a fait circuler un frisson, le Ventoux ayant le don de susciter ce sentiment ambivalent de fascination et d’appréhension. Surtout par son versant « historique » et référence, par Bédoin, commune au charme provençal d’un peu plus de 3 000 habitants intronisée épicentre de tout un écosystème dédié à la pratique du vélo.

Si le livre de route indique une pente de 15,7 km à 8,8 % de moyenne, il convient d’en nuancer la réalité. Car dès la sortie du village, les six kilomètres de faux plat à découvert, entre les vignes, corsent insidieusement l’approche des premières rampes sévères au fameux virage de Saint-Estève avant l’entrée en forêt… Aventure inédite. Jamais une épreuve féminine d’élite n’avait arpenté ce versant, la précédente expérience du Ventoux Dénivelé Challenge, en juin 2022, ayant emprunté la route passant par Sault avant de rallier le sommet (victoire de Marta Cavalli), alors qu’une étape du Tour de l’Ardèche 2018 avait affronté le Ventoux par le versant de Malaucène pour une arrivée à hauteur de la station du Mont Serein (victoire de l’Espagnole Eider Merino).

« C’est un col qui pousse à l’humilité. À partir du Chalet Reynard, on déboule sur une autre planète ! », Audrey Cordon-Ragot

Cette fois, c’est « la totale » avec cet observatoire à 1 910 mètres d’altitude qui toise tous ceux qui transitent au loin dans la vallée. « J’ai eu un coup de cœur pour cette région, explique avec une certaine tendresse Audrey Cordon-Ragot qui a vécu les grandes premières au Tourmalet et à l’Alpe d’Huez avant sa retraite, et qui avait fait du Ventoux une balise de sa préparation estivale. J’y avais installé mon camp de base au pied pour mes quatre dernières années de carrière, soit à Pernes-les-Fontaines, soit à Bédoin. La singularité du site c’est que le Ventoux n’appartient à aucun grand massif montagneux et que c’est devenu un véritable carrefour international des passionnés de vélo. C’est un col qui pousse à l’humilité. À partir du Chalet Reynard, on déboule sur une autre planète ! Pas de végétation, une atmosphère spéciale, une sphère venteuse autour de l’observatoire. De là-haut, on a une vue incroyablement étendue sur la vallée, un panorama très différent des cols de haute montagne plus enclavés. Ah, je regrette vraiment de ne jamais l’avoir fait en course… ».

Audrey Cordon-Ragot avait tout de même servi d’éclaireuse l’an passé, en menant un peloton féminin sur le parcours de la 16e étape du Tour de France masculin entre Montpellier et le Ventoux, pour une opération de sensibilisation au développement du cyclisme féminin. Dans la montée noire de monde, elle avait pu ressusciter de sa mémoire les clichés des lieux : « Le raid de Van Aert en 2021 alors qu’il n’est pas un pur grimpeur, la folle course à pied de Chris Froome privé de son vélo en 2016 et je prends toujours le temps de faire une halte à la stèle de Tom Simpson. Le Ventoux réécrit sans cesse son histoire et j’ai hâte de voir le cyclisme féminin écrire sa première page ! ».