Paula Patiño : « Je sais que la Colombie me regarde »

Depuis les hauteurs d'Antioquia, Paula Patiño a développé ses talents de grimpeuse pour briller dans les courses par étapes et les classiques vallonnées aux côtés d'Annemiek van Vleuten, sa leader sous les couleurs de la Movistar. La jeune Colombienne, formée par le père de Fernando Gaviria avant de poursuivre son apprentissage au Centre Mondial du Cyclisme de l'UCI, est rentrée chez elle pour préparer le Tour de France Femmes avec Zwift, où elle sera la seule coureuse de son pays à poursuivre le « sueño amarillo » (le rêve jaune).

Où vous préparez-vous pour le Tour de France Femmes avec Zwift ? En ce moment je suis à La Ceja, Antioquia. C'est là que je suis née et que j'ai vécu toute ma vie. J'y retourne quand mon programme de courses me le permet. Cette année, je suis revenue très récemment, après avoir été en Espagne depuis janvier. Je vais rentrer en Europe le 23 juin, et ce sera bientôt l'heure du Giro Rosa puis du Tour de France.   De nombreux talents cyclistes colombiens viennent d'Antioquia...

C'est un super endroit pour rouler. Par exemple, ces jours-ci, j'ai beaucoup vu Sergio Higuita. Nous avons une bonne relation et il s'entraîne également dans la région de l’Oriente antioqueño. On se croise souvent et, en fonction de notre programme, on roule un peu ensemble. Dani Martinez est souvent ici aussi. Il n'est pas d'Antioquia, mais il y vit avec sa femme et leurs enfants. Et Rigo Uran est de la région. Je vois donc beaucoup ces trois-là et nous partageons quelques sorties d'entraînement. Antioquia attire aussi beaucoup de cyclistes étrangers.  

Pourquoi l’Antioquia est-elle si favorable au cyclisme ?

Je pense que ça vient des paysages, avec les montagnes et surtout l'altitude. Je vis à 2 200m au-dessus de la mer. Et vous pouvez rouler sur des parcours plats, vallonnées ou montagneux. Antioquia est aussi une région avec des gens très ouverts. Lorsque des étrangers viennent ici, les gens essaient toujours de les aider à trouver leur chemin et à comprendre la langue.  

Et vous avez commencé le cyclisme avec une personnalité d’Antioquia...

Je me suis lancée avec Hernando Gaviria, qui est le père de Fernando Gaviria. Avec mes frères, nous faisions toutes sortes de sports avec la municipalité, et Hernando est celui qui m'a vraiment poussée vers le vélo. Il avait un club et il a vu que je pouvais avoir un talent pour ça. Mais au début, je lui disais que je ne me voyais pas là-dedans, je disais moi-même que c'était un sport trop dur pour une fille. Le cyclisme féminin n'était pas aussi visible qu'aujourd'hui, il n’y avait que les courses masculines qui étaient diffusées. Je lui ai dit que je ne pensais pas pouvoir le faire, qu'il n'y avait pas d'avenir. Et lui était convaincu qu'il pouvait m'entraîner et que je pouvais être une super coureuse. Alors un jour il est venu chez moi avec un vélo en fer et un casque et il m'a dit : « Demain matin je t'attends à 7h pour une sortie d’entraînement. » Je ne pouvais plus dire non. Le lendemain, je roulais avec le club et il m'a entraînée jusqu’à la catégorie junior.

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© Sprint Cycling Agency / Movistar Team
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La passion colombienne est réputée, avec les images de supporters qui se réunissent très tôt pour suivre leurs coureurs en Europe. Quelle est votre expérience avec le Tour de France ?

Avec mes deux frères, nous aimions tous les sports, mais c'était toujours le cyclisme qui nous attirait le plus. On se levait pour les grands tours, surtout le Tour. Et je pense que c'est quelque chose qui définit vraiment le peuple colombien. Nous sommes très patriotes et le cyclisme coule dans nos veines. S'il y a un Colombien à suivre, nous nous levons et nous soutenons n'importe quel Colombien. Ici, ma famille et tout le monde, ils adorent quand je suis en Europe. Ils se lèvent à 2 ou 3 heures du matin, peu importe, pour regarder la course. Je pense que c'est beau et ça en dit long sur les Colombiens.  

Quelles sont les idoles qui vous ont fait sortir du lit ?

Dans le peloton masculin, j'ai toujours admiré Rigo, non seulement parce que c’est un Colombien, mais aussi pour sa façon d'être. Il est toujours très naturel. Sur le vélo ou en dehors, peu importe si la situation tourne en sa faveur ou non, c'est toujours la même personne. J'aime ce qu'il nous montre et ce qu'il nous apprend. Concernant les femmes, j'ai toujours admiré Anna van der Breggen, Marianne Vos et Annemiek van Vleuten pour le type de coureuses qu'elles sont et tout ce qu'elles ont accompli. J'ai pu courir avec les deux premières et je suis coéquipière avec Annemiek. C'est une grande leader. Au début, on était toutes un peu stressées quand elle est arrivée. Elle est numéro 1 au classement mondial, et il fallait être à la hauteur pour l'aider. Je pense qu'elle est contente, et nous aussi. Nous avons beaucoup appris d'elle.  

Que signifie représenter la Colombie dans ce premier Tour de France Femmes avec Zwift ?

C’est une immense fierté. C'est un des plus grands objectifs, un des plus grands rêves que j'avais pour cette année. Quand on a réalisé que ça allait avoir lieu, on voulait toutes en être. Le Tour de France est le plus grand événement cycliste au monde, donc l'avoir pour les femmes signifie beaucoup. C'est une grande réussite. Représenter la Colombie me rend heureuse et je ressens également une responsabilité. Je sais que le pays me regarde, que les gens vont se dire : « Il y a une Colombienne, on espère que ça marchera bien pour elle, qu'elle ira très bien. »