À l’arrivée, il n’y a qu’une seule gagnante. La course a opposé quelque 150 athlètes. La victoire n’a été possible que grâce à l’appui essentiel des coéquipières qui sacrifient leurs ambitions personnelles pour une championne supérieure. Mais le Tour de France Femmes avec Zwift ne consacre qu’une reine en jaune : Annemiek van Vleuten en 2022, puis Demi Vollering, Kasia Niewiadoma, et enfin Pauline Ferrand-Prévot à l’été 2025. Chacune sait ce qu’elle doit à ses partenaires, tout particulièrement aux lieutenantes qui les accompagnent le plus loin vers les sommets. Avant de consacrer une nouvelle vainqueure dimanche 9 août à Nice, le site officiel du Tour de France Femmes avec Zwift donne la parole à ces secondes dames d’exception, qui racontent leurs rôles auprès de « PFP », Kasia ou Demi, et dessinent un autre portrait des prétendantes au Maillot Jaune.
Antonia Niedermaier : « Kasia est une vraie battante » (II/V)
À 23 ans, Antonia Niedermaier (Canyon//Sram) s’apprête à disputer son premier Tour de France Femmes avec Zwift avec une mission de premier ordre : accompagner Kasia Niewiadoma-Phinney, vainqueure de l’épreuve en 2024, vers les plus grands sommets de l’édition 2026 et notamment le Mont Ventoux. Venue tard au cyclisme, la jeune Allemande a fait ses gammes en observant la championne polonaise. Elle vient de démontrer sur le Giro d’Italia Women qu’elle fait désormais partie des meilleures coureuses du monde. « Je suis juste là pour Kasia, et c’est vraiment spécial pour moi de découvrir cette épreuve », se projette Niedermaier avant de vivre au plus près la course au Maillot Jaune.
Modèle et inspiration : « Kasia n’abandonne jamais »
À 23 ans, Antonia Niedermaier reste une toute jeune cycliste, d’autant plus qu’elle se consacre pleinement à la discipline depuis seulement quatre ans. « Ronny Lauke (manager de Canyon//Sram) est venu me voir aux championnats d’Europe juniors », se souvient celle qui avait pris la médaille d’argent dans le contre-la-montre à Trente (2021). « Il m’a dit qu’il allait monter une équipe de jeunes et m’a proposé d’en faire partie. Je ne savais pas quoi faire après le lycée de toute façon, alors j’ai essayé pour voir où ça me menait. »
La jeune Allemande rejoint alors l’équipe menée depuis 2018 par Kasia Niewiadoma. Elle est accompagnée de sa compatriote Ricarda Bauernfeind (vainqueure d’étape sur le Tour 2023) et d'une demi-douzaine d’autres jeunes talents qui ont rapidement rencontré la star polonaise. « Nous avons fait le même stage lorsque j’ai rejoint Generation », raconte Niedermaier. « Je ne connaissais pas grand-chose au cyclisme, c’était ma première année dans ce sport, mais je savais qui était Kasia, bien sûr. On a discuté ensemble puis on a commencé à travailler ensemble l’année suivante. J’ai toujours apprécié collaborer avec elle, parce qu’elle a toujours cru en nous », salue encore Niedermaier. « Elle soutient les jeunes athlètes pour qu’elles atteignent les sommets et il n’y a jamais eu de barrières avec elle. Kasia a toujours été là à essayer de nous aider. »
Niewiadoma-Phinney mène aussi par l’exemple. « C’est une vraie battante », s’émerveille sa jeune lieutenante, transcendée par le combat victorieux mené par sa leader polonaise pour arracher la victoire finale sur le Tour de France Femmes avec Zwift 2024. « C’était un vrai thriller. J’étais devant la télé et je lui criais : “Vas-y Kasia, vas-y, vas-y !” J’en ai encore la chair de poule. C’était un grand moment et j’étais très heureuse. Kasia est une cycliste exceptionnelle. Même si elle n’a plus rien dans les jambes, elle continue de se battre. Je pense que c’est le secret de son succès : elle n’abandonne jamais et essaie toujours. »
Écouter et accompagner Kasia : « Elle dit toujours ce qu’elle veut »
Avant un premier Tour de France Femmes avec Zwift le mois prochain, Niedermaier et Niewiadoma-Phinney ont vingt-cinq jours de course en commun. « Je peux apprendre auprès d’elle à chaque course », insiste l’Allemande, qui a pris ses premiers relais au service de la star polonaise lors du Tour de Romandie à l’automne 2023. « J’étais super nerveuse, je me disais : “Je ne sais pas quoi faire”, mais on s’en était plutôt bien sorties », sourit Niedermaier, 19e de l’épreuve suisse pendant que sa leader prenait la 2e place derrière Demi Vollering.
Quelques mois plus tard, Niewiadoma-Phinney renversait la championne néerlandaise pour s’offrir La Flèche Wallonne Femmes, prélude à son triomphe sur le Tour. Dans les Ardennes, Niedermaier était aux premières loges : « Il faisait un temps épouvantable, de la pluie, de la neige… C’était le chaos total. Il fallait être d’autant plus présentes pour notre leader, rester en tête sur des routes étroites et avec un mauvais revêtement. Et puis, Kasia a gagné, et on était tellement heureuses… J’étais en train de monter le Mur de Huy quand je l’ai appris à la radio. Je me suis dit : “Waouh !” »
« Quand ta leader gagne, tu as le sentiment de faire partie de cette victoire », se réjouit Niedermaier, qui a expérimenté le rôle de cheffe de file sur le récent Giro Women, dont elle a pris la deuxième place. « Il est important de toujours maintenir la motivation de ses coéquipières, d’être à leurs côtés en dehors de la course et de passer du temps ensemble, même dans les moments difficiles. Sur un Grand Tour, on traverse toujours des hauts et des bas. Une leader redonne confiance aux autres. Elle est là pour elles dans leur vie privée, pas seulement sur le vélo. Kasia dit toujours ce qu’elle veut et ce dont elle a besoin, et pendant la course, on communique beaucoup », ajoute Niedermaier. « C’est donc en fait assez facile de faire le travail pour elle, car on sait toujours quoi faire. Et quand on a fait le boulot pour elle, elle est reconnaissante. »
Premier Tour, premiers objectifs : « juste là pour Kasia »
« Le Giro me donne beaucoup de confiance… J’ai vraiment hâte de disputer les prochaines courses et particulièrement le Tour. » Les récentes batailles italiennes ont confirmé à Niedermaier et à son équipe qu’elle avait les épaules pour accompagner Niewiadoma-Phinney vers les plus hauts sommets du Tour de France Femmes avec Zwift, notamment le Mont Ventoux, qui attend le peloton vendredi 7 août. « Jusque-là, c’était un rêve pour moi. Je commencerai véritablement à me préparer pour le Tour après les championnats nationaux », se projette l’Allemande, qui avait remporté le contre-la-montre et pris la 2e place de la course en ligne l’an dernier. « On doit notamment faire un stage en altitude en Andorre. »
« Je ne ressens aucune pression », précise Niedermaier, qui s’en remet naturellement à sa leader de toujours : « Je suis juste là pour Kasia, et c’est vraiment spécial pour moi de découvrir cette épreuve. Je pense que l’ambiance est totalement différente. J’ai l’impression que pour elle aussi c’est différent. Je suis curieuse de voir comment elle se comportera avec toute cette pression et tous ces spectateurs. J’ai hâte de la voir et je suis sûre qu’elle sera très performante. »
« Je veux être un bon soutien pour elle, mais, bien sûr, j’aimerais aussi avoir mes chances », se projette l’Allemande. « Mais au final, c’est dans les grandes ascensions que je devrai l’aider du mieux que je peux. Elle me dira ce dont elle a besoin et je devrais être la dernière avec elle dans les étapes difficiles. J’espère simplement faire un bon premier Tour et continuer sur la bonne lancée de cette année. »
Web-série "Femmes du Tour", présentée par CB
Ce que l’on voit : la course. Ce que l’on sait moins : leurs pensées. Entre pression, excitation, rêves et convictions, les championnes se livrent à l’approche du Tour de France Femmes avec Zwift.